Marginales

Revue de littérature et de critique sociale

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Samuel Autexier

Les paradoxes de Jean-Marie Gustave Le Clézio

mercredi 10 décembre 2008

Faut-il désespérer des moyens de communications actuels et se résigner à ce que nos mots ne soient jamais entendus ? Faut-il désespérer de ce que peut la littérature ou comme le souligne Philippe Geneste (lire Au delà des miroirs) remarquer que l’actualité d’un écrivain comme Stig Dagerman à qui Jean-Marie Gustave Le Clézio emprunte le titre de son discours doit tout autant à son style qu’à son engagement pour un système politique jamais nommé et jamais essayé - l’anarchie - qui prône la démocratie et l’action directe et peut se résumer dans la phase suivante : “Je suis anarchiste : c’est que je n’aime ni recevoir, ni donner des ordres” ?

Vous pouvez lire comme moi le texte intégral du discours prononcé par Jean-Marie Gustave Le Clézio pour la remise du prix Nobel. Outre le titre, emprunté à Stig Dagerman, Le Clézio y pose la question de ce que peut la littérature.

Il y fait un très long commentaire du texte « L’Écrivain et la conscience » dont il cite l’extrait suivant : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d’un côté comme si rien au monde n’avait plus d’importance que la littérature, alors que de l’autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c’est ce qu’ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l’écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s’apercevoir de son existence. »

Le Clézio poursuit plus loin : « Le paradoxe ne date pas d’hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l’extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d’une mascarade, d’un monde à l’envers. Le paradoxe de la révolution, comme l’épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l’écrivain. S’il y a une vertu indispensable à sa plume, c’est qu’elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. »

Nous regretterons pour notre part que sa plume qui prend partie avec bonheur pour le peuple et ses enfants ne soit pas plus dur vis-à-vis des puissants, que la conscience de soi ne s’accompagne pas chez lui d’une conscience de classe qui fait écrire à Stig Dagerman dans ce même texte : « Il existe un reproche qui est bien plus fondé que les autres : celui qui porte sur l’absence de prise de position de l’écrivain dans la lutte sociale. Le poète doit comprendre qu’il ne suffit pas de dire que la littérature est un monde à part. Il ne saurait non plus proclamer, avec des trémolos dans la voix, qu’il désire rester libre car personne ne peut être “libre” au point d’être dispensé de prendre position pour les opprimés dans leur lutte contre des oppresseurs qui, malgré tout ce que l’on pourra dire, resteront un fait indéniable tant que durera l’actuel système social. Parler de liberté dans ce contexte est synonyme de paresse, de lâcheté ou d’indifférence. [...] Toutes les réformes et les utopies sociales paraissent futiles dans un système mondial où la faillite paraît la seule chose certaine. Et pourtant, il s’agit de se défendre contre cet ordre-là, voire de l’attaquer, même si l’on est tragiquement conscient du fait […] que cette défense comme cette attaque ne peuvent être que symboliques, mais qu’elles sont indispensables si l’on ne veut pas mourir de honte. »

Dans les temps troublés qui sont les nôtres, nous pouvions de manière légitime nourrir l’espoir d’une prise de position plus ferme de la part de M. Le Clézio sur la faillite du système politique qui prend aujourd’hui le plus grand nombre en otage. Nous lui avions demandé par exemple de prendre position sur la réincarcération dont est victime Jean-Marc Rouillan (voir le texte de la pétition ici). Faut-il que des écrivains nobelisés comme Le Clézio, Jelinek, Grass ou Saramago à qui nous avons aussi envoyé cette demande soit sourd et aveugle pour ne pas y avoir répondu (même négativement), ou bien faut-il désespérer des moyens de communications actuels et se résigner à ce que nos mots ne soient jamais entendus ? Non, nous ne nous résignerons pas à ce que des écrivains célèbres aujourd’hui avouent être « en difficulté devant la réalité » et ne puissent plus prendre position sur la faillite d’un système politique qui fait de nous ses otages et sur la répression qui s’abat sur des contestataires que l’on n’en finit plus de dire minoritaires alors qu’ils ne demande qu’à vivre et à expérimenter de nouvelles formes politiques. Des formes plus démocratiques qui ne passent plus par un système de représentation de moins en moins capable de favoriser des échanges qui ne soient pas ceux du commerce et de la marchandise. Et que bien au contraire, le système par la voix de ses représentants semble de plus en plus décidé à criminaliser toute forme de partage et de vivre ensemble.

Enfin pour clôre cette introduction, je cite les mots de Jean-Marc Rouillan que le PEN club international par la voix de sa présidente Sara Whyatt ne veut pas défendre au motif de ce qu’il n’était pas encore un écrivain en 1987 [1] ! : « Mes mots, s’ils respirent, ce n’est pas de ramper mais de dire. Et ce que je dis ne plaît pas à ceux qui voudraient qu’on se taise. Car dans mon cas judiciaire, il faudrait que j’accepte le livret de la victime expiatoire à la bonne raison de ne plus rien faire, de ne plus se rebeller ou alors avec des mots sourds et aveugles, étrangement orphelins de leur musique. »

Samuel Autexier

Notes

[1] Dans un courrier, du 18 novembre 2008, en réponse à l’envoi de la pétition « Parole en cage » elle répond : « Thank you for forwarding the petition on the return to prison of Mr Jean-Marc Rouillan. Mr Rouillan’s sentence was passed for his leading role in the 1980s of Action Directe, and in particular for his responsibility in the murders of George Besse, Chief Executive of Renault, and General Rene Audran of the French defence ministry. International PEN works for the promotion of peace and does not support individuals how have carried out or promoted violence. In addition, Mr Rouillan, to our understanding, was not a writer at the time of his arrest in 1987. Mr Rouillan was thus not considered a suitable case for International PEN action during his imprisonment. We understand that Mr Rouillan was released provisionally last year, and that one condition of his release, that he subsequently breached, was that he not discuss the events that led to his conviction,and that this is seen by some as a violation of his right to freedom of opinion. We also understand that Mr Rouillan was the subject of appeals by Amnesty International following concerns about harsh prison conditions, particularly in the 1990s. However, the Writers in Prison Committee of International PEN continues to hold its opinion that Mr Rouillan’s case is not one that falls within PEN’s remit. Members of PEN are free to add their names to the petition in their individual capacities if they wish. »

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2 Messages de forum

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